Manger bio est-il meilleur pour la santé ?

Si vous abordez la question du bio dans une discussion entre amis, rares sont les situations où les réponses s’avèrent unanimes quant à son intérêt pour la santé. Certains vont vous dire que, bien évidemment, le bio est meilleur pour l’environnement et pour votre santé, alors que d’autres vont considérer que le bio ne sert à rien, voire que le label est corrompu

Qu’en est-il réellement ?



Manger bio permet-il de diminuer la contamination en pesticides ?

Les bénéfices des aliments issus de l’agriculture biologique sur la santé sont globalement bien établis. L’analyse la plus complète concernant les variations de niveaux de contamination et de qualité nutritionnelle a été publiée en 2014 dans British Journal Of Nutrition sous la supervision du Pr Carlo Leifert.

Après avoir compilé les données de 343 études internationales, l’équipe de chercheurs est parvenue à la conclusion que les produits bio contiennent en moyenne 75% de pesticides en moins comparativement aux aliments issus de l’agriculture conventionnelle. La même méta-analyse précise également que le niveau de contamination en cadmium est presque deux fois plus faible (-49%). Une autre revue systématique de l’équipe de Dr Dena Bravata, ayant analysé quant à elle les résultats de 240 études ne constate que peu de différence de contamination en cadmium.

Concernant les pesticides, elle confirme ce qui est attendu, à savoir que les risques de contamination en résidus de pesticides est moins important si vous mangez des aliments bio (7% vs 38%), en particulier concernant les végétaux (11% vs 46%), et les fruits et légumes (32% vs 75%). Selon la même étude, l’agriculture biologique réduit la quantité de bactéries antibiorésistantes de 33% dans les viandes de porc et de poulet. Une étude d’intervention – menée chez 20 femmes enceintes pendant 6 mois – a mis en évidence des taux de pesticides organophosphorés environ 4 fois plus élevés chez les femmes mangeant des fruits et légumes d’origine conventionnelle.

De tels résultats ne signifient donc pas que les produits d’origine biologique sont exempts de biocides, mais qu’ils en contiennent moins. 42% des échantillons analysés par une équipe de recherche néo-zélandaise contenaient au moins un pesticide, contre 22% lorsque les échantillons étaient issus de l’agriculture biologique.

En 2019, l’ONG Générations Futures a publié une analyse des niveaux de contamination en résidus de pesticides des produits issus de l’agriculture conventionnelle en s’appuyant sur les résultats de la Direction Générale de la Concurrence et de la Répression des Fraudes (DGCCRF)5. Plus de 7 échantillons de fruits sur 10 (71,9%) étaient contaminés et 2,9% d’entre eux dépassaient la Limite Maximale de Résidus (LMR), en particulier les cerises, les clémentines, le raisin, les agrumes, les pêches, les nectarines et les fraises.

Le constat fut le même dans presqu’un échantillon de légumes sur deux (43,3%) dont 3,4% au-dessus de la LMR, notamment le céleri (branche et rave), les herbes fraîches, les endives et les laitues. Une étude récente de la cohorte Bionutrinet, incluant près de 30 000 consommateurs français d’aliments d’origine biologique, a quant à elle constaté une diminution de la concentration en pesticides dans les aliments bio de 22 à 75% selon les molécules analysées. Les consommateurs de produits d’origine conventionnelle ont présenté des niveaux de contamination globale en pesticides supérieure de 40%. Pour être exhaustif, il serait toutefois nécessaire de rajouter les contaminations par les pesticides utilisés pour les cultures dédiées à l’alimentation animale.

La conclusion est donc relativement simple : Oui, manger bio, vous permet de diminuer (mais pas de supprimer) votre niveau de contamination en pesticides, même si des nuances peuvent être apportées selon la géographie, la nature des sols, les aliments concernés et les pesticides analysés.

Les végétaux bio sont-ils de meilleure qualité nutritionnelle ?

Cette question fait davantage l’objet de débats dans le monde scientifique du fait de résultats souvent hétérogènes. Certaines études et revues systématiques constatent bien une différence significative entre les deux modes de culture, essentiellement en faveur des polyphénols (et des composés phytochimiques aux vertus antioxydantes de manière générale), de la vitamine C (+6 à 27% selon les études), mais aussi du fer (+21%) et du magnésium (+29,3%). A l’inverse, d’autres ne constatent pas ou peu de différence, voire révèlent une teneur moindre en certains nutriments comme la vitamine E. De même, les végétaux issus de l’agriculture conventionnelle contiennent davantage d’azote et de phosphore, ce qui apparait logique au regard des méthodes de fertilisation utilisées.

L’hétérogénéité des résultats s’explique de manière logique. La grande majorité des études ne distingue en effet pas certains facteurs de confusion potentiels comme le type de végétaux, la saison, la nature des sols, la température, l’exposition à la lumière, la géographie, la durée écoulée entre la récolte et la consommation, le mode de stockage ou encore la maturité à la récolte. La méthodologie utilisée peut aussi s’avérer différente, sans compter sur le fait que le contenu du cahier des charges permettant d’obtenir le label bio (toujours inexistant au Maroc) peut différer d’un pays à l’autre, au même titre que la fiabilité des contrôles. Il se dégage toutefois de la grande majorité des études un avantage nutritionnel certain, à savoir une concentration plus forte en polyphénols dans les végétaux d’origine biologique.

La revue systématique de Carlo Leifert et de son équipe, évoquée précédemment, révèle par exemple que la teneur en antioxydants s’avère bien plus importante dans les produits d’origine biologique (de 19 à 68% selon le type d’antioxydants). Selon les auteurs, le passage à une alimentation totalement biologique permettrait d’augmenter de 20 à 40% la teneur en antioxydants dans l’alimentation générale, voire à 60% pour certains d’entre eux. La revue systématique de Dena Bravata nuance ces résultats par des différences de teneurs très hétérogènes selon les micronutriments considérés.

Pour conclure, citons juste une étude originale du Dr Gabriele Berge de l’Université de Graz en Autriche parue en 2019, consistant à comparer le microbiome de pommes selon qu’elles soient issues de l’agriculture biologique ou conventionnelle. Elle y révèle notamment que lorsque vous croquez dans une pomme, vous avalez en moyenne 100 millions de bactéries. Toutefois lorsque celle-ci est bio, la composition bactérienne apparait environ 40% plus importante et variée.

Les végétaux bio sont plus denses en polyphénols car ils sont plus stressés

Une publication de décembre 2019 précise les mécanismes pouvant expliquer la différence de concentration en antioxydants (de 58% à 190% selon les composés analysés) entre les deux modes de culture. Elle révèle, comme de nombreuses autre études, que les stress subis par les plantes – dits biotiques – renforcent la teneur en polyphénols par effet hormèse. Les blessures induites par les insectes, la sécheresse et la chaleur en sont les principales responsables. En d’autres termes, un végétal qui se défend naturellement et qui est ensuite consommé par l’homme, génère un apport plus conséquent en composés bénéfiques pour la santé, notamment en polyphénols.

Qu’en est-il de la viande et des produits issus des élevages bio ?

Il est désormais bien établi que le mode d’alimentation des animaux modifie la qualité nutritionnelle, en particulier le profil lipidique.

D’après les études disponibles sur le sujet, l’élevage issu de l’agriculture biologique renforce bien les apports en oméga 3 de la viande et du lait au détriment des oméga 6, notamment de l’acide arachidonique. En moyenne, une viande bio contient 22% d’oméga 3 en plus, notamment du DHA, essentiellement car la vache consomme de l’herbe ou du foin à la place des tourteaux de soja. De nombreuses études confirment cet avantage nutritionnel. Une méta-analyse de 170 études met par exemple en évidence une augmentation de la teneur en oméga 3 de 56 %, en vitamine E de 20 % et en fer de 13 % dans le lait issu d’agriculture biologique. Selon les mêmes auteurs, les concentrations en sélénium (associé aux fertilisants) et en iode (présent dans les additifs) s’avèrent néanmoins plus faibles. Concernant les œufs, le ratio oméga 3/oméga 6 est quant à lui similaire entre les origines bio et le conventionnel. Le recours à une alimentation riche en graines de lin apparait bien plus favorable sur ce paramètre.

Manger bio est-il meilleur pour la santé ?

Au-delà de l’impact nutritionnel, se pose la question des effets de l’alimentation d’origine biologique sur la santé. En étudiant les habitudes alimentaires de plus de 60 000 personnes pendant 3 ans, l’étude BioNutrinet a également permis d’étudier les liens possibles entre le recours à des aliments d’origine biologique et certains risques de maladies. Il en ressort un risque d’obésité réduit de 62% chez les hommes et de 48% chez les femmes consommant une alimentation d’origine biologique, un risque de diabète de type 2 et de syndrome métabolique diminué de 31%. D’autres études confirment cette tendance. De tels résultats peuvent notamment s’expliquer par le fait que certains pesticides utilisés sont des perturbateurs endocriniens particulièrement impliqués dans les risques d’obésité et de diabète.

Les risques de cancer seraient quant à eux minorés d’environ 25% selon une étude parue dans JAMA en 2018. Ce chiffre a toutefois été fortement remis en question depuis cette publication pour plusieurs raisons (échantillon non représentatif de la population française « moyenne » car réalisé sur la base du volontariat, étude prospective et non pas d’intervention ayant été sujette à un défaut de validation du recueil des données alimentaires établi simplement sur la base de déclaration sans vérification, absence de considération d’autres origines possibles de contamination).

Par ailleurs, la réduction du risque est apparue très hétérogène selon les cancers considérés (non significatif dans le cas du cancer du sein, de la prostate ou de la peau par exemple) et des populations (absence de bénéfice mis en évidence pour les hommes, y compris chez les fumeurs, les jeunes adultes et ceux consommant initialement une alimentation équilibrée). Une analyse critique de l’étude a d’ailleurs été publiée dans le même journal pour modérer les résultats invoqués. Quelques années plus tôt, en 2014, une autre étude d’intervention de grande échelle – The Million Women Study – avait néanmoins obtenu des résultats similaires à l’étude BioNutrinet en matière de risques de cancer de type lymphome non-hodgkinien.

En raison de la rareté ou du manque d’études prospectives interventionnelles (toutes celles évoquées précédemment sont avant tout observationnelles), il n’est actuellement pas possible de déterminer si les aliments biologiques sont les seuls facteurs pouvant justifier ces résultats. Plusieurs revues systématiques ne sont en effet pas parvenues à établir un lien de causalité directe entre l’amélioration générale de la santé et la consommation d’aliments d’origine biologique.

Il est connu que les consommateurs d’aliments biologiques mangent davantage de fruits, de légumes, de céréales complètes et de légumineuses, mais moins de viande et d’aliments ultratransformés.

Il est par ailleurs difficile de distinguer les effets potentiels de la préférence pour les aliments d’origine biologique de ceux d’autres facteurs associés au mode de vie, en raison de nombreux facteurs de confusion. Pour autant, ce débat scientifique sur la méthodologie des études ne remet nullement en question l’intérêt pour la santé et l’environnement d’une agriculture biologique comparativement à un modèle conventionnel intensif. Ce qui ne signifie pas non plus que le bio représente la solution optimale, notamment comparativement à d’autres modèles plus résilients comme la permaculture. Une agriculture d’origine biologique peut en effet non seulement être pratiquée en monoculture et de manière intensive, donc non respectueuse de l’environnement, mais également avoir recours à d’autres substances actives .

Manger bio est une chose, mais quel en est le véritablement le sens lorsqu’il s’agit d’une mangue en provenance du Pérou, achetée dans un emballage plastique en hypermarché ? Et nul besoin de chercher un produit exotique, les pommes et poires locales sont elles aussi emballées pour être bien distinguées de leurs congénères conventionnels dans la plupart des supermarchés. Sans parler des biscuits et autres céréales soufflées bio qui ne présente aucun bénéfice pour la santé (si ce n’est, en effet, une teneur plus faible en pesticides).

En clair, privilégier une alimentation d’origine biologique permet certes de mieux répondre à l’un des enjeux liés à l’alimentation – celui des contaminants alimentaires – mais ne représente en rien une solution optimale à elle seule, qu’il s’agisse de santé ou d’environnement.


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